Benoit Brouillette
– Le geek humaniste
– Le geek humaniste
À 37 ans, le président de LABPLAS a les yeux tournés vers l’avenir.
Curieux de tout, passionné de techno, il embrasse tout ce que l’innovation et l’automatisation peuvent lui offrir.
Ce qui ne l’empêche pas d’être profondément humain.
Souriant et affable, Benoit Brouillette parle comme un livre ouvert. Les faux-fuyants, les demi-vérités, très peu pour lui. Il se définit d’ailleurs en riant comme une «drôle de bibitte». Quelqu’un qui veut tout comprendre, tout analyser. Un sympathique emmerdeur qui pose beaucoup trop de questions. Sachant cela, normal qu’il refuse les étiquettes. Ni président, ni philanthrope, ni chum, ni technophile, même s’il est tout ça à la fois. «Avoir une étiquette, soutient-il, c’est se sentir obligé de s’y conformer.»
Boulimique de savoir, maniaque de détails, concentré sur l’efficacité opérationnelle, Benoit Brouillette a de quoi se satisfaire chez LABPLAS. Fondée en 1987, la deuxième plus grande entreprise au monde dans son secteur n’a pas droit à l’erreur: la santé du public en dépend. Elle fabrique des produits d’échantillonnage stériles aux fins d’analyses en laboratoire. Disponible dans plus de 60 pays, ses produits répondent à des besoins extrêmement pointus lors d’analyses de microbiologie et de salubrité dans plusieurs marchés, de l’agroalimentaire au pharmaceutique, en passant par la recherche laboratoire.
Benoit Brouillette a du sang d’entrepreneurs qui coule dans les veines. Sa mère, Danielle Lafond, a fondé LABPLAS, et son grand-père André Lafond, dirige Simport Scientifics, un fournisseur de matériel de laboratoire. À 16 ans, il gérait déjà sa propre entreprise, Aragon Animation, un camp de jour médiéval où des jeunes, plusieurs issus de milieux défavorisés, venaient jouer de la massue et du bouclier.
Benoit Brouillette, président de LABPLAS
Si c’était écrit dans le ciel qu’il deviendrait, plus tôt que tard, président de l’entreprise familiale de Sainte-Julie, c’était bien mal connaître Benoit Brouillette que de penser qu’il tiendrait la chose pour acquise. Le tout-cuit dans le bec, ce n’est pas son plat préféré. Son expérience, sa crédibilité, sa confiance, il est allé les chercher ailleurs, le plus loin possible, jusqu’en Chine où il a vécu trois ans. «Ça m’a donné une couleur, tout en m’ouvrant à la réalité internationale», résume-t-il.
Le jeune diplômé des HEC d’alors s’est mis en danger, ce qui n’était pas pour lui déplaire. «Quand tu es trop confortable, tu n’avances pas.» Dans son livre à lui, il faut réussir à créer l’harmonie dans le chaos. «Tu ne contrôleras jamais tout. L’important, ce n’est pas d’éviter les coups, c’est de réussir à te relever après. C’est quand tu es sur le edge of your comfort, quand ça commence à chatouiller, que tu évolues.»
Benoit Brouillette ne fait jamais les choses à moitié. Il s’investit à fond dans tout ce qu’il entreprend. Le petit hamster dans sa tête est rarement au repos. Comme il dit, « j’ai l’impression d’être plus un entreprenant qu’un entrepreneur.» Et l’entreprenant en question garde toujours les yeux grands ouverts. «Je suis un éternel étudiant, j’écoute des documentaires non-stop. Plus je vieillis, plus je m’éduque.»
Employés de LABPLAS
En 2013, au retour de son aventure chinoise, quand il réintègre l’entreprise familiale, le jeune homme touche à tout. Sa volonté? Comprendre LABPLAS de l’intérieur. Tour à tour superviseur de production, coordonnateur de qualité, directeur adjoint à la production, il fait ses classes jusqu’au poste de responsable des ventes et surtout, de directeur de la technologie. Il apprend à connaître l’entreprise par cœur. «Ce n’était pas nécessairement la présidence que je visais, je voulais avoir de l’impact. J’ai pris les responsabilités avant de prendre le titre.»
Benoit Brouillette n’a pas la langue dans sa poche. Il ne craint pas d’afficher ses convictions. Celui qui se présente sur LinkedIn comme un immigrant de la 14e génération prêche, entre autres, pour la diversité. «Je suis un enfant du monde, arrêtez de me gosser avec les débats identitaires. Ta couleur, ta langue, ton ethnie, ta religion, on s’en fout si tu es un bon humain.» Et l’entreprise qu’il dirige en est la parfaite illustration: le talent vient de partout.
Comme si la direction d’une entreprise en plein essor n’était pas assez, Benoit Brouillette préside également la Fondation Famille Lafond, qui soutient plusieurs organismes communautaires sur la Rive-Sud. «C’était important pour mon grand-père de redonner localement, à la communauté qui l’a vu grandir.» Ce n’est pas tout: Benoit s’implique auprès de l’organisme Entraide pour Hommes et du Club Richelieu. «Quand on est entouré de gens de cœur, dévoués, qui ont de l’énergie, ça nous en donne. On voit plus large. On devient un gestionnaire qui relativise ses problèmes.»
Benoît Brouillette à la 1re édition du tournoi de golf gourmand
Cette approche humaine et bienveillante, le dirigeant la reproduit au cœur même de son entreprise. D’abord, il travaille de façon collégiale avec sa sœur, son père, et sa mère, «un modèle pour moi avec son approche extrêmement humaine», qui a dernièrement repris du service. Et comment voit-il son travail auprès de ses employés? «Mon rôle, c’est de faire confiance à ma gang. De les orienter. De créer un climat sécurisant, favorable à la meilleure expression de leur talent. Donner à quelqu’un la chance d’explorer, c’est ce qui m’excite le plus du quotidien.»
S’il n’est pas du genre à se vanter, osons tout de même la question: quelle réalisation fait plaisir au jeune président? «Je suis fier du virage numérique de l’organisation, ainsi que de notre indépendance technologique, rendue possible grâce à nos équipes en ingénierie, en programmation et en microbiologie.»
Le jeune président entrevoit des transformations profondes du travail liées aux robots, à l’automatisation et à l’IA, et il ne veut pas manquer le bateau. Visiblement, l’avenir ne lui fait pas peur. On dirait même qu’il a été entraîné pour y contribuer. Le président est fou de techno. Des lignes de code, il en mange au déjeuner. Dans les quatre dernières années, il a passé des milliers d’heures à explorer l’impression 3D puis l’intelligence artificielle. Le genre à installer et orchestrer lui-même une légion d’agents d’IA autonomes, pour parcourir les sites des compétiteurs, accomplir des études de marché pour lui fournir un rapport chaque lundi matin.
Sa vie sociale souffre-t-elle de sa passion dévorante pour la techno? «Ça tombe bien, mes amis aussi sont geeks», répond-il dans un grand éclat de rire. À ceux qui s’étonnent de son rythme, il hausse les épaules avec le sourire: «Je fais juste suivre ce qui m’allume.» Simple, ancré, humain. Il n’explique pas, il n’excuse pas — il est juste lui-même.
Texte d’Hugo Léger
Malcom.one | Stratégie d’affaires
