Marc Desmarais
– Donner une âme aux chiffres
– Donner une âme aux chiffres
À le voir sourire et s’exprimer en toute liberté, on comprend vite que Marc Desmarais, fondateur et PDG de Kairos Capital Management, a le bonheur facile.
Mais attention, derrière l’homme éminemment sympathique, se cache un redoutable stratège et un conseiller aiguisé.
Ne cherchez pas bien loin: l’entrepreneuriat, Marc Desmarais est tombé dedans quand il était petit. À 16 ans, il est déjà aux manettes de Roloson, une entreprise de discothèques mobiles. Quarante ans plus tard, il aime toujours autant la musique, ses playlists sont redoutables, paraît-il, mais ce ne sont plus les jeunes Abitibiens qu’il fait danser, mais bien les millions.
Les entreprises sont nombreuses à cogner à la porte de Kairos Capital, la firme d’investissement privée québécoise qu’il dirige et qui fournit des ressources financières, stratégiques et commerciales à long terme à plusieurs sociétés canadiennes prometteuses du marché intermédiaire (valeur d’entreprise entre 10 et 150 millions $). En 2025 seulement, près de 100 opportunités d’investissement se sont présentées. L’emploi du temps du PDG est chargé et les chiffres étourdissants.
Et pourtant… «L’argent ne me motive absolument pas, répond-il du tac au tac, quand on lui demande son rapport aux dollars. Pour moi, la première question que tout entrepreneur doit se poser, c’est pourquoi tu es en affaires. Une fois que tu connais le pourquoi, développer le comment devient nettement plus facile.»
Marc Desmarais, PDG de Kairos Capital
À ses yeux, le pourquoi, ce sont d’abord et avant tout les valeurs que l’entreprise veut incarner. Les siennes, elles ressemblent à quoi? «Moi, je m’assure de créer un écosystème où il y a un partage intelligent et juste à l’intérieur des entreprises que nous dirigeons. Que chacun profite équitablement des bienfaits de son investissement. Je crois à l’honnêteté et à la transparence, en gérant de façon humaine et empathique.»
Cela dit, il n’évite ni les discussions difficiles, ni les décisions qui le sont tout autant. Il place les intérêts supérieurs de l’entreprise au-dessus de la mêlée. «Je peux ressentir et comprendre la situation humaine, mais cela ne m’empêche jamais de trancher dans l’intérêt de la compagnie.»
Marc Desmarais croit aussi à la force du groupe. Au travail d’équipe, à l’idée de partager un but commun et de mettre son savoir-faire au service des autres. Il résume ainsi sa pensée. «Seul, le succès est fragile. Le succès collectif, lui, amène une véritable richesse durable.»
Cette sagesse, Marc Desmarais la tient de son parcours qui n’a rien d’un long fleuve tranquille. Les détours, il connaît. Né à Noranda au milieu des années 60, d’un père entrepreneur dans le domaine de l’ameublement et de la franchise, les chapeaux ne manquent pas à sa collection.
L’homme qui a rêvé de devenir policier et étudié pour le devenir, «afin de créer un monde meilleur», pile sur ses ambitions et rejoint d’abord l’entreprise familiale. «J’en suis très reconnaissant à mon père. Ce fut ma première école.» Par la suite, il fait son chemin au sein d’un réseau de franchisés dans les domaines des produits et services connexes à l’automotive, d’abord au Québec, puis au États-Unis, pour être finalement recruté par PPG Industries, une multinationale américaine, dont il dirigera l’une des filiales.
C’est à la fin de cette même aventure qu’il fait une rencontre déterminante, celle de Mario Jutras, son associé et partenaire de longue date, «un homme loyal et généreux qui a transformé ma vie», l’invitant à rejoindre les rangs du Groupe Clairus, spécialisé dans le verre automobile. «Il m’a donné une chance tôt dans ma carrière, en m’offrant une structure juridique et financière qui m’a permis de mettre à profit mes compétences et de me développer durablement.»
À la suite de la vente de Clairus, plusieurs actionnaires, dont lui et quelques collègues décident de mettre leur capital en commun pour fonder Kairos en 2020.
Cette trajectoire atypique, pleine de rebondissements, Marc Desmarais en a fait un atout. «Je n’ai pas eu un parcours optimal et linéaire. Mais c’est un avantage d’avoir touché à plusieurs sphères pour des employeurs de toutes les tailles.»
L’homme a longtemps eu les mains sur le volant. Aujourd’hui, avec Kairos Capital, il transfère son savoir-faire, propose des outils stratégiques, une gouvernance, offre du capital pour soutenir les entreprises québécoises dans leur parcours de transformation. «C’est très contre-intuitif pour moi de dire: non Marc, tu ne peux pas sauter dans la mêlée. Ce n’est plus ta responsabilité, tu es maintenant le gardien de l’histoire.»
Qu’est-ce qui allume encore le dirigeant qui semble avoir tout vu et tout vécu ? «J’aime les environnements complexes qui présentent un vrai défi d’industrie. Tout ce qui est transformation me fascine. Comprendre les parcours clients, la dynamique de l’industrie, trouver le sable dans l’engrenage. Apporter des solutions concrètes, tout ça, ça me parle.»
Des erreurs ? «Je les ai toutes faites, répond-il dans un grand éclat de rire. Embauche de mauvaises personnes, mauvaises acquisitions, mauvais choix stratégiques, les erreurs m’ont défini. Si tu manques ton coup, vois-le comme un apprentissage. La beauté d’une erreur, c’est qu’elle peut te servir de tremplin.»
Pas étonnant qu’il manifeste autant d’empathie à l’égard des jeunes entrepreneurs. «Être entrepreneur d’une PME, c’est une des rares professions où tu es diplômé avant d’avoir maîtrisé la compétence pour relever les nombreux défis de l’entrepreneuriat, explique-t-il. Bravo, voici ton diplôme, mais tes vrais cours commencent à travers les épreuves que tu vas traverser. On n’a pas toujours la compétence pour affronter les situations qui se présentent.»
Lui-même reconnaît qu’en raison de son parcours échevelé, il a mis un certain temps à comprendre ce qu’il pouvait amener autour de la table, ce qu’il avait d’unique. Avec les années, l’expérience et les réussites aidant, il a appris à se faire confiance.
S’il avait un conseil à donner à un jeune entrepreneur? Arrêter de douter, justement. Mais aussi éviter de ne focaliser que sur les opérations. «Il faut libérer de l’espace pour réfléchir, pour développer un regard stratégique, en prenant du temps de qualité avec les personnes qui font partie de la réflexion.»
Marc Desmarais au temple de la renommée du CQF.
Marc Desmarais est loin d’avoir dit son dernier mot. Il a encore la fougue et la curiosité de découvrir de nouvelles réalités et de défricher de nouveaux territoires. Son rôle de grand frère entrepreneurial, il l’embrasse pleinement. «J’ai de la misère à croire que j’ai 60 ans. Je travaille encore comme si j’en avais 40. Je suis toujours aussi enthousiaste devant un projet qui m’intéresse. Je dois trouver l’équilibre.»
Et il se trouve où cet équilibre? «Moi, je trippe avec ma famille. J’aime créer des moments avec ceux et celles que j’aime, ma conjointe, mes quatre enfants, mes petits-enfants, mes amis, mes collègues. J’aime faire des voyages en auto, écouter de la musique trop forte…»
La liste des plaisirs pourrait s’étirer encore longtemps, mais Marc Desmarais préfère la ramasser en une seule formule: «Je dis toujours à mes enfants: le plus beau legs que je vous laisse, c’est ma playlist parce qu’elle capture des moments de vie; chacun est associé à un instant précieux que j’ai partagé avec ceux que j’aime.»
Texte d’Hugo Léger
Malcom.one | Stratégie d’affaires
