Benoît Vigneau
– Le jeune entrepreneur de 54 ans
– Le jeune entrepreneur de 54 ans
Benoit Vigneau pourrait reprendre à son compte le célèbre proverbe: il n’est jamais trop tard pour bien faire. À 46 ans, il a racheté Automatisation Pneumac, sans rien connaître du domaine de la pneumatique, afin de réaliser son rêve de devenir entrepreneur.
Et vous savez quoi, ce fut une très bonne décision.
S’il y a une chose que Benoit Vigneau a apprise en huit ans à la présidence de Pneumac, c’est que le repreneuriat, aussi bien que l’entrepreneuriat, n’a rien d’un long fleuve tranquille. Mais malgré les tempêtes qu’il a traversées, il a su garder son calme et le regard tourné vers l’avenir. «Quand ça va mal, ça va passer. Et quand ça va bien, ça va passer», s’amuse-t-il à répéter à ses amis chefs d’entreprise.
En survolant son parcours, une chose saute aux yeux: Benoit Vigneau a vécu deux vies professionnelles. Une première dans le confort organisé et rassurant des grandes corporations, notamment chez Bélair, Promutuel et surtout, TD Meloche Monnex où il a passé plus de 15 ans. Il fallait bien assurer la sécurité de sa famille qu’il a fondée jeune, au milieu de la vingtaine.
Et une deuxième, pas mal plus rock’n roll et risqué financièrement dans une PME en transition où il a placé toutes ses billes. Bien sûr qu’il a souffert du syndrome de l’imposteur en reprenant Pneumac. Il avait tout à prouver. Son plus grand défi? «Établir ma crédibilité, et gagner la confiance des gens autour de moi, employés, fournisseurs et clients. Prouver que j’étais la bonne personne.» Ce qu’il a brillamment accompli.
Benoit Vigneau, président de Pneumac
Aujourd’hui, le succès aidant, il est à même d’apprécier ce qu’un repreneur peut apporter à une entreprise. «D’abord, du dynamisme. L’énergie de donner un nouveau tour de roue. Je suis arrivé avec plein d’idées, des bonnes et des moins bonnes, et la volonté de faire bouger les choses.»
Résultat? Initialement reconnue comme distributeur de composantes pneumatiques et de technologies du vide, Pneumac accompagne aujourd’hui les manufacturiers dans leurs projets d’automatisation en intégrant notamment la robotique à son offre. «Notre objectif, ce n’est pas seulement de vendre des composantes, mais d’aider nos clients à améliorer leur productivité.»
L’innovation, Benoit Vigneau en a d’ailleurs fait un vrai leitmotiv. Pas juste pour lui, mais pour l’ensemble des compagnies d’ici. «Il va falloir que les entreprises québécoises investissent pour augmenter leur productivité. C’est primordial de combler notre retard.»
Pascale et Benoit lors de la réception du prix “2020 Distributor of the Year” de ITT Enidine.
Pour le décider à plonger dans l’aventure de l’entrepreneuriat, il a fallu une rencontre, et l’amour qui est venu avec. Celle de sa conjointe actuelle, Pascale Lohéac, qui a réveillé l’entrepreneur qui sommeillait en lui et l’a convaincu que le rêve pouvait devenir réalité. Comptable de formation, elle aussi caressait l’ambition de posséder sa propre entreprise. Pourquoi ne pas développer quelque chose ensemble, pour nous, se sont-ils mis en tête.
Aujourd’hui, les copropriétaires dirigent main dans la main les destinées de l’entreprise de Candiac. «Nous sommes complémentaires. Pascale pilote davantage les finances, les ressources humaines et les opérations internes. Moi, je suis plus présent auprès des clients, des fournisseurs et dans le développement des affaires. Chacun son terrain de jeu, mais nous allons ensemble dans la même destination.»
Quels sont à son avis les avantages d’être un couple dans la vie comme en affaires? «D’abord, la confiance, clairement. Un conjoint, ce n’est pas un partenaire ordinaire. On est dans le même bateau. Deuxièmement, on n’est jamais lonely at the top. On partage autant les échecs que les réussites.»
Il aura fallu deux longues années de réflexion, à raffiner leur recherche, à jongler avec plusieurs options – s’associer, démarrer ou reprendre une entreprise, à préciser leurs attentes, avant que le couple ne jette son dévolu sur Pneumac. «Nous avions des critères, précise-t-il. On ne voulait pas d’une entreprise ouverte la fin de semaine ou qui offrait du service 24 h. Notre qualité de vie était importante. On voulait aussi une entreprise où nous avions chacun notre place.»
La première année après la reprise, Benoît Vigneau déjoue les prévisions. La compagnie réussit à générer de la croissance, modeste, mais vraiment encourageante. Plein d’espoir, le président décide d’investir dans l’informatisation de l’entreprise. Il flotte sur un nuage. Et puis bang, la pandémie frappe. La tempête secoue le petit bateau qu’il avait remis à l’eau. «Ça a été très difficile. Grosse crise de liquidité. On est passé proche de tout perdre. Mais on en est sorti encore plus forts. On a appris.»
Pour l’homme qui s’est donné pour ambition de «toujours faire mieux les choses», la pandémie a été une grande leçon à la fois de courage, d’humilité et de pragmatisme. «On peut faire la meilleure planification du monde, mais il y aura toujours des imprévus. Notre travail consiste à être capable de bien y réagir.»
Maintenant qu’il est solidement en poste, bel et bien rétabli du syndrome de l’imposteur, il est naturel de lui demander quelle est selon lui la qualité principale d’un bon entrepreneur? «L’écoute, répond-il illico. Écouter ses employés, ses partenaires et ses clients. C’est souvent là que naissent les meilleures idées et les plus belles opportunités. Les dirigeants qui pensent avoir réponse à tout passent à côté de beaucoup de choses.»
Joueur d’équipe, il prône la transparence, l’honnêteté et le no-bullshit. «On n’est pas obligé de tout dire, mais ce qu’on dit doit être vrai.» Et s’il avait un conseil à donner à un nouvel entrepreneur? «On ne peut pas être bon dans tout. Entoure-toi de personnes qui te sont complémentaires, qui vont venir te challenger et combler tes lacunes.»
Pour préciser sa pensée, Benoit Vigneau qui joue au hockey depuis toujours, propose une métaphore sportive «C’est comme les fameuses chaises de Martin Saint-Louis. Ça prend des joueurs différents pour faire une bonne équipe.»
L’équipe Pneumac au Mexique.
Après huit ans à la barre de Pneumac, Benoit Vigneau, 54 ans, se considère comme un jeune entrepreneur. Il a encore des choses à prouver «J’ai des amis de mon âge qui parlent de retraite. Moi, c’est tout le contraire, je commence, je suis super excité.»
Il se voit dans une phase de construction où il a envie de voir son entreprise grandir. Comment? En gardant les yeux grands ouverts, en regardant le marché, en évaluant les opportunités d’acquisition qui font du sens. «Il va y avoir une vague importante de transferts d’entreprises dans les prochaines années au Québec, et on a bien l’intention d’en profiter.»
Il aura peut-être mis longtemps à y accéder, mais voilà Benoit Vigneau assis dans la bonne chaise, mordu comme jamais d’entrepreneuriat. «Ce qui m’anime aujourd’hui, c’est de construire quelque chose qui a de la valeur. Pour nous, nos clients, notre équipe, et pour une éventuelle relève.»
Texte d’Hugo Léger
Malcom.one | Stratégie d’affaires
