Série Les bâtisseurs d'ici

Emily Desmarais

– De cœur et de tête

À 36 ans, Emily Desmarais est propriétaire avec son cousin Philip de quatre marchés IGA. Rien de moins. À la fois posée et spontanée, ambitieuse et profondément humaine, elle a fait de la proximité avec ses clients et ses employés la clé de son succès.

Sourire lumineux à l’avenant.

Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. La célèbre citation aurait pu être écrite pour elle. Parce que, voyez-vous, Emily Desmarais est précoce, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle a tout réalisé jeune. Commencer à travailler. Se marier. Fonder une famille. Devenir entrepreneure. À l’âge où des ados rêvent de devenir actrice ou chanteuse, la jeune Emily, elle, s’imaginait déjà propriétaire d’un supermarché.

Ce rêve, elle le voyait se réaliser avec son cousin Philip. Personne d’autre. «Mon cousin était encore plus fou du travail que moi, confie-t-elle en riant. Philip et Emily se connaissent depuis la prime enfance. Ils ont grandi à Saint-Lin, dans le même rond-point, à quelques maisons l’un de l’autre. Leurs pères respectifs, Serge et Patrick Desmarais, géraient une entreprise, Micro Thermo, spécialisée en contrôle de réfrigération dans les marchés d’alimentation. À l’évidence, les deux pommes ne sont pas tombées loin de l’arbre généalogique.

«On se connaît tellement, Philip et moi, je savais que ça allait être un bon fit, résume-t-elle Tout a été mis sur table dès le départ. C’était clair, ma maternité, mes congés. Pas de place à la frustration.» Une bonne convention d’actionnaires plus tard, l’entente était scellée. L’aventure pouvait commencer.

Emily Desmarais

Emily Desmarais, co-propriétaire
de quatre marchés IGA

Philip et Emily Desmarais

Philip et Emily Desmarais

PROSPÉRITÉ RIME AVEC PROXIMITÉ

Cousin et cousine se complètent à merveille. Chacun ses forces. Philip se concentre sur l’opérationnel, les bâtiments, l’entretien, les aspects plus techniques, Emily se consacre davantage aux ressources humaines, au développement des affaires, au marketing, à la recherche de nouveaux produits.

«Nous sommes une bannière de services, explique-t-elle. On n’en déroge pas: il faut être présent, à l’écoute. Être le plus proche possible de nos clients, c’est la clé du succès. Cette proximité avec la communauté fait en sorte qu’on se démarque de la concurrence.»

Et cette proximité vient bien sûr avec ses exigences. Comme être entre autres sur le plancher le plus souvent et le plus longtemps possible. Sept jours sur sept, s’il le faut.

«C’est sûr qu’avec quatre magasins, il y a beaucoup de bureau à faire, mais on reste plus plancher que bureau. C’est important pour nous.»

Être sur le plancher dans son esprit, ça signifie aussi se soucier du bien-être de ses employés, nourrir le sentiment d’appartenance, organiser des événements, garder les jeunes motivés, les faire grandir dans l’organisation s’ils ont le potentiel.

«On n’est pas plus loin qu’un numéro de téléphone. Prendre soin de ses employés, c’est la base. Parce que ce sont eux qui prennent soin de notre business.»

LE PARCOURS D’UNE BATTANTE

Même si elle est née bien entourée, Emily Desmarais ne l’a pas eu tout cuit dans le bec. Personne ne lui a tendu un pont d’or. Ni ses parents qui voulaient qu’elle fasse son chemin seule, ni les banques, sauf une bien sûr, qui les trouvaient, elle et son cousin, bien jeunes et sans filet financier. «On n’avait rien, juste une voiture, pas de maison, pas d’argent», se rappelle-t-elle.

Après un bac en administration, elle apprend à la dure le métier de marchand à l’école Sobeys. Un véritable exercice d’humilité qui a duré deux ans. «Quand mes amies sont sorties de l’université, elles travaillaient chez L’Oréal, voyageaient. Moi je portais des caps d’acier, un filet sur la tête, je plaçais des bananes et coupais de la viande. C’était moins glam.»

Mais comme lui a rappelé un vice-président à l’époque, il n’y a aucun investisseur qui a assez d’argent pour acheter un IGA s’il ne sait pas comment l’opérer. Elle fait donc ses classes, se familiarisant avec toutes les tâches, dans tous les départements, viande, poisson et prêt à manger.

Si une fois sortie de l’École Sobeys, elle se permet une infidélité du côté de chez Caudalie, une entreprise réputée de cosmétiques, elle revient rapidement à ses premières amours. « On a vraiment une mentalité d’entrepreneurs dans la famille. Ça ne faisait aucun sens de travailler pour quelqu’un d’autre.»

ENTREPRENEURE DANS LE SANG

À l’époque, son inspiration s’appelle Louise Ménard, une précurseure, propriétaire de plusieurs IGA, celle qui a pavé la voie aux femmes dans le monde de l’alimentaire. Celle dont elle a acheté deux bannières et qu’elle connaît depuis l’enfance. «Une femme indépendante et avant-gardiste qui faisait les choses à sa manière.» Tiens, tiens, ça rappelle quelqu’un.

En effet, à l’entendre, on sent rapidement qu’elle embrasse totalement son rôle d’entrepreneure. Les réflexes, elle les possède. Quel serait à son avis une qualité importante pour réussir en affaires et en particulier, dans l’alimentaire ?

«Être opportuniste, dans le bon sens du terme. De voir et de profiter des opportunités qui se présentent à nous. D’être curieux, à l’affût des tendances, de voir le futur avant les autres.»

La jeune femme aurait pu se contenter d’un IGA, deux à la rigueur. Mais c’était bien mal connaître l’ambition des Desmarais. Emily et Philip en possèdent maintenant quatre, celui de Contrecœur (2017), le premier de la série, les deux de Saint-Lambert, acquis en 2022, et finalement, le dernier en date, celui de Boucherville (2025).

«C’est sûr qu’on a une uniformité, des standards non négociables de qualité et de variété des produits. Mais chaque magasin a présenté et présente encore des défis différents.»

Emily Desmarais

Emily en plein travail!

AMBITIEUSE? OUI, MAIS…

Devant tant de responsabilités, comment la jeune entrepreneure compose-t-elle avec le stress? «Très bien. Personne ne va mourir dans l’alimentation. Le pire n’est jamais si pire. Ça ne m’empêche pas de dormir.» Pas de place pour les remords, donc, elle regarde droit devant. Convaincue et conquérante. «Je ne suis pas influençable. Je ne me suis jamais souciée de ce que les autres pensaient de moi. J’avance, sans regarder derrière.»

C’est dans cet esprit qu’elle ne dit pas non à l’acquisition de nouveaux magasins. Mais pas n’importe lequel et pas à n’importe quel prix, surtout humain. «Il y a 10 ans, on voulait 10 magasins. Aujourd’hui, on est un peu plus réaliste. Philip et moi avons de jeunes enfants qui grandissent. C’est prioritaire.»

Petit coup de frein ou pas, une chose est sûre: Emily Desmarais n’est pas prête à sortir de l’alimentaire. «On ne s’ennuie jamais. Ce n’est jamais la même chose. Ressources humaines, marketing, finances, c’est sans doute le domaine le plus complet au niveau entrepreneurial.»

Quand tu as la piqûre…

Texte d’Hugo Léger
Malcom.one | Stratégie d’affaires